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C’est quoi ton métier ?

7 mai 2010

Magicien des mots

« C’est quoi ton métier ? » Voilà une question épineuse, et à double titre.

D’une part, il s’agit pour moi de cerner mon activité en trois mots ou moins. L’intitulé de mon poste est « rédacteur ». Dans les faits, j’effectue essentiellement, mais pas seulement, les tâches d’un auteur, d’un concepteur de jeu, d’un rédacteur et d’un relecteur-correcteur. Didier Poli, ancien illustrateur chez Rackham, avait joliment résumé tout ça en « magicien des mots ».
D’autre part, il s’agit pour mon interlocuteur de comprendre mon métier. Mon activité n’a rien de banal et reste inconnue du grand public. Pour les personnages âgées, le premier concept qui vient à l’esprit est, dans le meilleur des cas, celui d’un type qui invente des Monopoly toute la journée. Dans le pire des cas, il s’agit d’un GO du Club Med. Les moins anciens, eux, pensent immédiatement aux jeux vidéos, et me voilà rivé à un écran toute la journée, à taper des lignes de code.
Les tout-petits, eux, m’imaginent en agent secret du Père Noël… Et c’est chouette, ça entraîne des discussions très mignonnes.

Voici le plan chronologique typique d’une discussion sur mon activité professionnelle :
- Après dix secondes d’explication, mon interlocuteur me coupe en me demandant si je travaille sur des jeux vidéos ou sur des jeux de rôles.
- Après vingt secondes, on me demande si je « fais du ouahrammeur ».
- Après trente secondes, on me redemande l’intitulé de mon poste.
- Après dix minutes, on me dit que je fais un chouette métier. Et c’est vrai !

Le moyen le plus simple est, de mon point de vue, d’avoir une figouze à portée de main et de dire « voilà, c’est ça que je fais ». A partir de là, tout devient plus facile. Finis les amalgames avec Bill Gates, les animateurs de vacances, l’aura (injustement) sulfureuse du jeu de rôles et les jeux costumés dans les bois.
Je vous conseille de faire de même si vous devez aborder votre passion pour la figurine. Ca vous évitera de passer pour un attardé, un feignant ou un maniaque…

Ce métier vous attire ? Je vous invite alors à bien lire ce qui suit :
- Dix bonnes raisons de devenir concepteur de jeu
- Dix bonnes raisons de ne pas devenir concepteur de jeu

Dix bonnes raisons de devenir concepteur de jeu

1- Vous faites un job d’enfer
Petit, vous rêviez de faire des jeux. Ado, vous préfériez être le maître du jeu. Parvenu à l’âge adulte, vous en vivez. Bien sûr, vous ne travailler pas toujours sur des sujets qui vous plaisent mais au fond vous avez la fibre, la fierté de concilier amour des belles mécaniques, passion pour l’imaginaire et plaisir de donner du bon temps aux gens.
Mon conseil : Gardez toujours de quoi jouer à portée de main. Quelques dés, un crayon, deux-trois figurines solides. Votre imaginaire ne vous abandonnera jamais et vous pourrez jouer partout avec des règles faites sur le pouce.

2- Vous rencontrez des gens super
Le milieu du jeu rassemble une population atypique à nulle autre pareille. Concepteurs, illustrateurs, sculpteurs, tout le monde, de l’éditeur au consommateur et même le commercial, est sincèrement passionné par ce qu’il fait (si ce n’est pas le cas, il ne fera pas long feu). La majorité de la population est en outre issue de parcours scolaires très différents. Jamais vous ne pourrez partager autant d’expérience (et de bon temps) avec des gens souvent cultivés, curieux et ouverts d’esprits.
Mon conseil : De mon point de vue, jouer avec quelqu’un est un excellent moyen d’apprendre à le connaître. Essayez, vous verrez.

3- Vous êtes un démiurge mégalomane et omnipotent

Il existe peu de frontières à la création d’un univers en dehors des contraintes de production et la volonté éditoriale. Libre à vous de définir le cadre, les personnages et l’action en collaboration avec les autres auteurs. Vient alors le moment de se faire un trip dans un monde imaginaire, de faire rêver des gens avec et d’être payé pour ça.
C’est d’ailleurs à ça qu’on reconnaît les gens qui aiment leur métier : ils font du bon boulot en ayant l’air de s’amuser.
Hélas, ça suscite parfois l’envie, l’incompréhension ou la jalousie. Ne tombez pas dans ce piège. Ca a l’air facile, comme ça, mais l’exercice de l’art réclame de l’apprentissage et de la méthode (dans le cas d’un auteur, ça commence par savoir écrire correctement).
Mon conseil : Le talent est un peu comme un ficus. C’est vite le bordel s’il n’est pas traité avec attention et patience. Donc, si vous voulez abandonner la horde des artistes maudits, talentueux mais chômeurs, y’a pas de mystère : il faut bosser. Allez, tas de feignants !

4- La routine, c’est pour les faibles

Les projets se suivent et ne se ressemblent pas. Les jours réservent tous leurs lots de bonnes et de mauvaises surprises. Le travail d’auteur ne connaît pratiquement pas la routine. C’est l’aventure permanente, avec son loot fabuleux et des monstres épiques. Prêts pour le challenge ?
Mon conseil : Faites quand même gaffe, c’est un jeu où le PVP est impitoyable et où il est difficile de trouver une team potable.

5- Vous travaillez avec des artistes

Travailler avec des artistes est un avantage et un inconvénient. J’aborde les inconvénients un peu plus loin. Travailler avec des artistes est une expérience unique à condition d’œuvrer en bonne intelligence. Le moment magique arrive lorsque vous avez une idée, que vous la confiez à un collègue artiste et qu’il vous la rend non seulement fidèle à votre souhait, mais enrichie par son propre talent. Quand cela arrive, plus rien ne vous semble impossible !
Mon conseil : Intéressez-vous aux métiers de vos collègues. Comprendre la passion qui anime vos collaborateurs entraîne de nombreux bénéfices : cela vous permet d’enrichir votre propre travail, créé une meilleure ambiance et améliore la qualité du produit final.

6- Vous apprenez des trucs incroyables

Le travail d’auteur n’est pas limité au travail sur des univers med-fan ou futuristes. Les projets concernent parfois des jeux basés sur des licences, des activités sportives ou même des activités de la vie de tous les jours. C’est l’occasion de se renseigner sur des sujets auxquels on ne se serait jamais penché en temps normal, et d’apprendre tout un tas de trucs rigolos.
S’immerger dans l’univers du catch, de la mode pour enfants ou du tuning peut sembler étrange pour un type comme moi, qui n’a a priori aucun atome crochu avec ces activités.
C’est pourtant l’occasion de découvrir que sous les préjugés débiles se cachent des univers bourrés d’histoires passionnantes et gouvernés par des règles strictes.
Ca ne vous rappelle rien ? Moi, si.
Mon conseil : Apprenez à vous servir des moteurs de recherche. Internet est une excellente source de documentation, à condition de savoir discerner les bonnes infos des mauvaises. Les sites de passionnés sont souvent complets. Attendez-vous cependant à y croiser des gens aussi malades que vous !

7- Vous savez tout avant tout le monde

Lorsqu’un sujet vous passionne, vous aimez vous tenir au courant de l’actualité le concernant. Vous en discutez avec d’autres passionnés et l’attente est souvent aussi délicieuse que la sortie de la nouveauté.
Ben là c’est pareil sauf que la nouveauté, c’est vous qui la faites ! Et quand vous ne la faites pas, vous voyez les collègues la créer.
Mon conseil : Evitez de baver, les humains normaux trouvent ça répugnant.

8- Vous apportez vos jouets au boulot
Vous travaillez sous la convention collective des jeux, jouets et articles de noël. Vous bossez au milieu de vos pairs. On vous prend pour un « créatif », autrement dit, une espèce d’attardé doté d’un talent surnaturel (savoir écrire en français, whaouw !) Autant de bonnes raisons pour disposer toutes sortes d’objets farfelus sur votre bureau. Personne ne vous en tiendra rigueur, du moins ouvertement.
Voici par exemple un échantillon du bureau de mon très estimé collègue et ami, Jean-Baptiste Lullien : au moins huit flingues en plastique, un tampon-encreur « Red Blok », deux jouets Kinder, un authentique fléau d’armes (mais c’est à moi, ça !), un intercepteur TIE en morceaux, une paire de pinces coupantes, un fond de bouteille contenant des centimes de francs (oui, de francs), un sabre laser gonflable, des cartes de foot, une army box Red Blok, deux masques de Dark Vador, un sachet de soupe au cresson... et des figurines en pagaille, évidemment.
Tout ça, c’est seulement en jetant un rapide coup d’œil à la surface des quinze centimètres d’épaisseur de bazar qui recouvrent le bureau de l’ogre mercenaire. C’est pas un poste de travail, c’est un écosystème.
Mon conseil : Ne disposez rien de périssable sur le bureau de Jean-Baptiste Lullien. Sinon, vous le retrouverez vivant et furax. Aimeriez-vous connaitre l’histoire du sachet de gruyère transformé en super-prédateur ?


9- Pour draguer, c’est top

Comme tout le monde, vous avez déjà eu affaire à un type un peu trop enthousiaste qui vous saoule pendant des heures avec son dévorant (en envahissant) hobby. L’enjeu n’est pas ici d’étaler votre passion, comme le fait notre relou, mais bien de la partager. Vous travaillez dans le milieu de l’imaginaire, c’est votre métier de faire rêver. En plus, vous pouvez créer des univers sur-mesure ! Profitez-en quand elle vous demande quel est votre métier…
Bon, après, si vous avez une gueule de troll, je ne peux rien faire. Je suis magicien, pas chirurgien.
Mon conseil : Faites preuve d’agilité intellectuelle et d’élégance dans le choix des mots, ça facilite la tâche. Les mots-clés « ange », « elfe » et « femme-chat » ont fait leurs preuves. Ces grands classiques sont d’excellentes bases de départ.

10- Vous travaillez avec Sébastien Labro
Il a insisté.
Mon conseil : On ne négocie pas avec le seigneur des chipirons. Toute résistance est inutile.

Par Nicolas Raoult (rédacteur)
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Commentaires

Ben moi, je disais pas ca pour faire mon emmerdeur, mais juste ca m inquiete un tantinet quand meme. Par contre tu dis que tu t en fout qu il n y ait pas de sortie pour les armees Cogs et Oni, ben moi desole, mais je m en fout de AT 43... En l occurence aucune armee n est complete pour confront. Et ca fait une dizaine d annee que je joue a confront, et je suis desole mais les creux enormes qui ont existe entre les sorties a l epoque du metal, et bien je n ai pas du tout envie que ca se reproduise. Et sinon, si si c est bien l endroit pour dire ca. Ou sinon? Sur des forums, je m en tape, il n y a qu un seul site rackham a proprement parler non?
Et encore une fois, si, je m inquiete, pas de sortie prevu, plus de distributeur en France, l excuse du packaging (et pourquoi c est cense repousser sans limite prevu les sorties? n importe quelle boite "en forme" gererait ca en un temps record histoire de pouvoir continuer a faire du benef!) Bref j attend du solide, pas des articles dans le genre de ce qui precede. Je suis peut etre un peu dur, mais je n ai pas envie de claquer plein de sous dans un jeu qui va peut etre mourir prochainement... envie de savoir ou je vais quoi...

21 mai 2010

Beaucoup d'humour dans cet article, et beaucoup de raisons d'être envieux... mais bon, à chacun sa place !

@rantan : T'as besoin de ça toi ? Le seul truc qu'on a au compte-goutte c'est l'annonce des sorties, vas voir sur les forums pour en avoir l'explication. Parlez de ça ici, ça n'en est pas la place. Pour ce qui est de noyer le poisson, je ne vois pas le rapport : les gens de R-E font l'effort de venir partager une idée ou un point de vue avec la communauté sur un espace consacré à ça et qui n'existait pas auparavant au moyen d'UN article HEBDOMADAIRE, je ne vois pas qui on va noyer avec ça... c'est vraiment pour le plaisir de se plaindre.

Pour te dire comment je perçois les choses. Ici (Vendée) on est 7 joueurs dont 3 se sont mis à AT-43 ces derniers mois et un sentinel (pour Raf hipipip). A 7 avec nos armées, on a déjà de quoi jouer des années, notre communauté a pas mal progressé et, à voir la qualité des dernières sorties, même en l'état actuel ça ne peut que continuer. Les forums sont en effervescence, les sorties ne se foulent pas c'est vrai mais je ne joue ni cogs ni ONI donc m'en f*us j'ai déjà tout ce qui me faut (désolé pour les joueurs cogs et ONI), on a quelques news sur le futur (jamais assez c'est vrai). Bref au niveau des joueurs je pense que le moral est au beau fixe et du peu qu'on en sait, l'ampleur des projets en cours explique que le reste stagne un peu.

Maintenant si tu veux en savoir plus, deviens actionnaire majoritaire de R-E... et si tu veux des mauvaises nouvelles, vas lire les rubriques nécrologiques. Et pour en revenir à l'article : à chacun sa place (j'ai quitté la mienne le temps de te répondre).

Et moi je suis plutôt bouillon de poule, la preuve que je ne suis pas fait pour ça.

17 mai 2010

Hello,
bon c est bien gentil tout ca, mais nous apprend pas grand chose sur vos jeux. Quand est ce qu il y a quelque chose qui sort par exemple?
Il c est presque rien passe depuis le debut de l annee!!
C est ca votre nouvelle politique depuis le succes des boites d armee (cf vos propres paroles lors de la promo a 50% de fevrier)
Bref moi j ai l impression que vous noyez le poisson avec vos articles depuis quelques temps, et j ai un peu peur que vous soyez en assez mauvaise posture...
plus distribue non plus dans mon magasin, parceque vous vous distribue maintenant vous meme et que ca devient trop cher... Qu est ce que vous faites les mecs?!
Rassurez moi, montrez moi que vous etes pas en train de vous casser la gueule please....

16 mai 2010

Sur cette table il ya quelques cartes intéressantes ... voulez-vous créer un nouveau jeu? Confrontknorr, l'age du cresson! ;-)

15 mai 2010

Que d'amour (du métier) dans ce billet ... avec une pointe de philosophie très agréable. :)
Par contre ce que je ne comprends pas c'est l'apport de la soupe au cresson dans le processus de création d'un jeu ... :P

12 mai 2010

j'aurais tant aimé pouvoir zoomer sur la photo du bureau de JBLK.... trop dommage ^^.

Merci de cet aperçu de votre univers. Même si je pense qu'il ne s'agit que le sommet de L'iceberg

8 mai 2010

Merci pour cette article, c'est super de connaitre l'envers du décor, la vie de ceux qui anime la notre!
Vous recrutez?

8 mai 2010

c'est quoi ton métier ???
le pire : compositeur de la musique pour jeux vidéos.

Et encore, bontempi c'est fini...

8 mai 2010

J'aime bien la "8" des inconvéniants .... en tout cas merci pour ce "CR" et comme Belisarius je ne suis pas surpris par certains points!

8 mai 2010

Merci Nico pour ces remarques très intéressantes... même si je ne suis pas surpris de certains points...

8 mai 2010

Je ne changerais mon métier pour rien au monde... Et pourtant, il fut une époque ou je vivais du jeu... Et tou ce que dit ce type est vrai. Le monde de la création en France est minuscule et on recroise tout le temps les même têtes...
J'ai eut la chance de faire partie des premiers à l'époque, à distribuer la gamme Rackham et j'en garde encore un souvenir de gosse, quand dans l'enveloppe à bulle sont arrivés le gobelin et le nain, que j'ai encore. J'ai lu le concept, et là, je me suis dit c'est génial....
Puis l'aventure à commencer... Sauf que rackham était dirigé par un artiste et pas un commercial comme chez les anglais d'en face (un peu comme Gaston et dupuis en face)...
*Heureusement, on a échappé aux chocobos gryffons.... Parfois, l'artiste c'est bien, mais quand on produit, on se doit d'être stricte et de maîtriser son imaginaire...
Malgré tout, je continue à dévorer l'univers RAckham... Il est d'une richesse incommensurable et peu de jeux m'ont autant donner de plaisir... Faut que ça continue donc hop.... y a du taff tous, on veut des Akkhyshans et des daïkinees :D

7 mai 2010